Xyriel, ou l'Ange parmis tant d'Autres

 
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Ameylia
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MessagePosté le: 02/02/2008 20:03:38    Sujet du message: Xyriel, ou l'Ange parmis tant d'Autres Répondre en citant

L'histoire de Xyriel m'a été donnée, en main propre, par un vieux sage nain dénommé Thorox, le gardien de la Vérité même, le sage parmis les Sages. Il se trouve que Thorox, qui doit maintenant voir s'acheminer devant lui le chemin des Morts, a été élevé par Nameran, son prédécesseur , qui est nul autre que Nameranel, fils unique de Xyriel la Grande.

Cet écrit traite, en autre, de la vie de Xyriel, de sa bien petite présence parmis la glorieuse Cité des Anges, ainsi que de son enfance bien amère et attristante.

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MessagePosté le: 02/02/2008 20:03:38    Sujet du message: Publicité

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Ameylia
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MessagePosté le: 02/02/2008 20:06:03    Sujet du message: Xyriel, ou l'Ange parmis tant d'Autres Répondre en citant

Chapitre premier: Discussions et Illumination




-Dis, maman, il est où, papa?

Je m'approche d'elle à petits pas, j'étire mes petits bras devant moi à travers la sombre noirceur, puis me colle tranquillement à sa hanche. Je la sens un bon coup, puis j'expire, soulagée. C'est bien elle, c'est bien ma maman. Aucune autre maman ne sens comme elle. D'ailleurs, aucune autre maman ne lui ressemble. La mienne, elle est très belle, mais elle n'est pas comme les autres. Elle est tout blanche, partout. Elle a la peau blanche comme de la neige, de la tête jusqu'aux doigts de pieds. Elle a aussi de très longs cheveux anormalement blancs ressemblant à de longs fils de soie. Maman a aussi des yeux étranges. Je veux dire, pas comme les autres. Moi je les trouve magnifique, moi, ses yeux, mais les personnes dans la rue les regarde étrangement. C'est comme si ils avaient peur de ses yeux. Ils la regarde avec pitié et dégoût, et peut-être même peur ou encore terreur. Ses yeux ils sont bleus, intensément bleus, d'un bleu pâle et glacé, un bleu foudroyant.

C'est peut-être de la façon dont elle les regarde, les gens. Elle regarde tout le monde de la même façon. En fait pas tout le monde. Elle nous regarde différemment, moi et papa. Elle regarde tout le monde avec la même lassitude et avec le même dédain. Ses deux glaçons deviennent alors insondables, si se n'est que pour le dégoût qu'elle éprouve pour les autres. Par contre, quand elle pose son regard sur moi ou sur mon père, c'est complètement différent. Ses glaçons deviennent alors jovials et joueurs, attentionnés et aimants. Je crois qu'elle nous aime beaucoup, moi et papa. En vérité, nous sommes tout ce qu'il lui reste à elle, à elle seule.

Elle me sourit gentiment, me prend par les hanches et me dépose délicatement sur son épaule droite. Sa force me surprend toujours un peu, car venant d'un corps si petit et si frêle, on ne s'attend à voir autant de force. Autant de force et de haine.


-Nous allons avoir à discuter, ma chérie.

Elle tourne la tête vers moi et me regarde dans les yeux. Ses yeux reflétaient une nouvelle émotion, un sentiment que je n'avais jamais vu dans ses yeux froids et indifférents. Une douleur immonde et cruelle s'installait en elle, je le voyais bien. Elle montait en elle, elle montait, elle la piétinait dans son propre corps, elle grimpait sur sa belle robe bleue, sa robe préférée et entrait dans son âme comme une voleuse, une voleuse de sentiment et de joie. Je n'aime pas beaucoup ce regard. Il est annonciateur de mauvaise nouvelle.

Elle me déloge tranquillement de son épaule et me prend ensuite dans ses bras blafards, comme quand j'étais bébé.


-Xyriel, ton père, il est parti.

Elle me dit cela avec le plus de détachement qu'elle peut, mais dans sa voix réside un léger craquement qu'elle ne peut dissimuler. Un craquement qui sépare aussi de plus en plus son cœur en deux parties. Sa voix est empreinte d'une légère lueur d'agonie et de désespoir. Ses yeux, quant à eux, fondent. Ils fondent furtivement et discrètement. Ils fondent et des larmes perlent lentement le long de ses joues blêmes.

-Il est parti, petite. Parti.
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MessagePosté le: 02/02/2008 20:10:51    Sujet du message: Xyriel, ou l'Ange parmis tant d'Autres Répondre en citant

-Xynor!

J'entre en trombe dans le petit cabinet de travail de Xynor claquant la porte du plus fort que je peux. Malheureusement, la seule réponse que je reçois est l'écho de mon cri et de du vacarme crée avec la porte.

Xynor! J'exige des explications IMMÉDIATEMENT! Xynor!

Je me précipite au milieu de la pièce mal éclairée et tourne sur moi-même. Xynor ne semble pas être ici. Je l'ai une fois de plus manqué. Je refais un tour sur moi-même pour vérifier mes pensées, puis je remarque une légère anicroche dans le tableau que représente cette pièce. La fenêtre du fond est grande ouverte.

Je m'approche de la grande fenêtre. Dans cette petite pièce, la seule chose qui est grand, c'est la fenêtre. En fait, la fenêtre recouvre presque entièrement le mur du fond de la pièce. Elle est même plus large que la table de travail de Xynor. Tout dans cette pièce, même la fenêtre, a été longuement ouvragé par quelqu'un du Dehors pour ensuite être monté ici. Quelqu'un du Dehors. Quelqu'un qui vient d'en bas, le monde des Autres. C'est en partie pourquoi cette pièce m'horripile. Je regarde minutieusement la fenêtre. Elle est un chef-d'œuvre. Magnifiquement ciselée dans du bois de grand rosier blanc, que l'on retrouve dans l'extrême sud du Dehors. Les carreaux de la fenêtre sont admirablement bien faits, fins et robustes, les deux qualités primaires recherchées pour une vitre. Pas de doutes, cette fenêtre est majestueuse. Ce qui ne fait que rajouter au dégoût qu'elle m'inspire.


-Xynor!

Je crie dehors. Pourquoi notre chef ne se retrouverait pas dehors, après tout? Pourtant, pas de réponse.

-Xynor! J'ai à te parler dans les plus brefs délais!

J'attends un peu. Toujours rien.

-Xynor!

Toujours rien.

- XYNOR! SUFFIT!

Je prends un élan, pour ensuite donner un coup de pied dans une pile de paperasses qui traînassent par terre. Ce n'eut en aucun cas l'effet escompté. Ce coup devait me défouler de ma frustration me délivrer un peu du fardeau qui s'alourdit imperceptiblement un peu plus chaque jour. Mais cela ne fait qu'en rajouter. D'autant plus que les feuilles s'envolent en tout sens et bientôt, je ne puis voir que des feuilles blanches virevoltantes dans les airs comme des valseurs qui s'envolent pour faire leur danse nuptiale.

Ça y est, j'en ai assez. Là, il y en a plus que je ne peux accepter. Cette mascarade n'a que trop durée.

Je me retourne, me donne un bon élan et saute à travers la fenêtre.
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MessagePosté le: 02/02/2008 20:14:55    Sujet du message: Xyriel, ou l'Ange parmis tant d'Autres Répondre en citant

Je regarde maman, médusée. Il y a maintenant bientôt plus de deux minutes qu'elle ne m'a plus adressée la parole.

Elle semble si seule. Seule et en mal d'amour. Elle s'assied et commence à se bercer dans la chaise, et, par ce fait même, commence à me bercer aussi. Elle entonne une hymne douce et entraînante, mais s'arrête à peine quelques minutes plus tard. Elle ne peut plus chanter car sa voix est sur le point de craquer. Elle ne veut pas démontrer ses émotions, cela se voit.

-Maman?

-Oui, chérie?

Je semble la prendre au dépourvu. Elle me regarde, étonnée, puis me tâte les omoplates et le dos. Pour la première fois depuis longtemps, je la vois enfin afficher un sourire radieux et rempli de bonté.

-Chérie, regarde!

-Non, maman, ce n'est pas du tout le moment…

-Ah oui? Et il y a un moment spécial pour voir ça?

-Oui.

-Comment cela se fait-il donc?

-Parce que moi, j'ai demandé la permission de parler en premier.

Elle me regarde encore une fois, ébahie. Puis, étrangement, il arrive sans crier gare. Le second sourire de la soirée. Je souris à mon tour, satisfaite de moi-même.

-Que voulais-tu, Xyriel?

Son regard se durcit de plus en plus pour ensuite redevenir le même regard vide qu'elle affichait il y a maintenant plus de cinq minutes. Elle me redépose par terre, puis se dirige sans faire de bruit vers la fenêtre. Elle s'accoude au rebord de la fenêtre. Je la regarde attentivement. Sa démarche souple et altière est digne d'une impératrice, mais elle n'en est pas une. Sa froide et implacable logique est digne des plus grands et éminents philosophes, mais elle n'en est pas une. Alors, qui est-elle exactement? Certes, elle est ma mère, mais ce n’est pas cela que je voulais dire.

-Il est parti où, Papa?

Elle se retourne lentement vers moi, affichant encore une fois un regard empreint de douleur. Des larmes commencent à couler par dessus celles qui venaient à peine de s’estomper sur ses joues rouges et boursouflées.

-Il est parti définitivement.

Puis, dans un murmure, elle rajoute :

-Il est mort.
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MessagePosté le: 02/02/2008 20:21:10    Sujet du message: Xyriel, ou l'Ange parmis tant d'Autres Répondre en citant

- WAAAAAAAAAAAAAAAHOOOOOOOOOUUUUUUUUUUUUUUUU!!!!!!

Le grand saut.

Le vent effilant mes longues plumes blanches, son souffle soupirant sur chacune de mes appendices. La vitesse que je prends en perdant de l'altitude. Je deviens une flèche qui transperce le ciel et les nuages, une étoile qui tombe de l'Infini comme une roche qui tombe à pic au fond d'un lac. J'adore cette sensation qui parcoure toutes mes cellules, de ma tête jusqu'aux doigts de pieds, en passant par mon auriculaire droit et chaque plume de mes ailes. Je me sens enfin libre.

Il faut que je vous dise quelque chose, avant que vous croyiez que je me suis lancée d'une fenêtre pour immédiatement toucher le sol, face contre terre. Un léger détail…

Voyez-vous, la Grande Citadelle des Anges se retrouve plusieurs kilomètres plus haut que les plus hauts sommets de Thessalie. Elle se retrouve là où vous, les gens du Dehors, comme on vous appelle là-haut, vous appelez le ciel, l'Infini Céleste. C'est pourquoi, par ailleurs, certains d'entre vous nous appellent les Créatures Célestes. Je vois dans votre visage une vague interrogation. Une Citée dans les airs? Et à cela, je vous réponds: Oui. Les architectes qui ont créés cette grande forteresse l'ont construite sur des bases riches en Éther, dont la propriété principale est d'être beaucoup plus légère que l'air normal. C'est aussi pourquoi la Citée est rattachée au sol à l'aide de câbles solides afin qu'elle ne s'envole pas dans l'Infini du Ciel.

Il y a maintenant près de deux minutes que je suis en chute libre. Il serait peut-être temps que je me ressaisisse. C'est la partie la moins plaisante d'un saut. J'allonge mes bras au-dessus de ma tête à la verticale.

Un, deux, trois, quatre, cinq…

J'ouvre complètement mes grandes ailes. Je redresse la tête lentement, car je ne veux pas me casser le cou. Puis, je redresse légèrement les bras et le buste. Mon corps fait alors un grand arc. Je détends ensuite les jambes pour enfin me retrouver à l'horizontal. Voilà, le rétablissement est réussi parfaitement. Je souris, fière de moi, d'avoir réussi cette manœuvre alambiquée.

Je continue à survoler la terre un bon moment, le temps de reprendre mon souffle. Je sens encore la vive exaltation qui parcoure mes veines et qui court dans mes muscles. Ce sentiment de bonheur et de joie, de satisfaction et de contentement, il y a longtemps que je ne l'avais ressenti.


-Xyriel…

Je me retourne vivement. Cette voix, je m'en souviens, mais je ne me la rappelle pas. Elle me rappelle un vague souvenir, une bribe de mon passé ténébreux. Elle était profondément enfouie dans mon âme, telle un riche trésor enfoui dans le sable chaud d'une plage d'une île déserte. Elle aurait dû y rester, ne plus jamais revenir à la surface.

-Papa?

Un sinistre silence s'installe soudainement dans le ciel. Comment pourrait-il m'appeler, lui qui a trépassé? Il est mort, j'en suis sûre et certaine. J'ai vu sa sépulture.

Et s'il existait toujours?

Certes, son corps est mort, mais qu'en est-il de son Esprit? Comment peut-on savoir si l'Esprit d'une personne défunte ne réside pas en une autre matière, comme les feuilles d'un arbre ou dans les flocons de neige? D'autant plus que nous, nous sommes spéciaux, nous sommes meilleurs. Après tout, nous sommes divins et célestes.


- Xyriel…

Là, je m'arrêtes complètement. Je ne suis pas folle, je l'ai bel et bien entendu. Mais, cette fois-ci, ce n'était la voix de mon père. C'était celle d'un souvenir bien plus pénible et douloureux que celui-ci. Un souvenir qu'il ne fallait pas souvenir…

-Maman?

J'ai la gorge sèche et l'esprit confus. Qu'est-ce que je fais ici? Pourquoi je me retrouve dans les airs alors que je n'ai rien à faire ici?

Xynor! Je l'avais complètement oubliée!

Je donne de grands coups d'ailes, et je commence à voler en direction de la Citée. De toute façon, elle ne peut être ici, sinon je l'aurais vu.

- Xyriel! En bas

Je fais volte-face immédiatement et je pars à toute allure en direction de la voix, c'est-à-dire vers le bas vers ma gauche. Je vole du plus vite que je puis, j'accours, enfin, façon de parler, je me force, je me tues à accélérer, je vais de plus en plus vite, je rapproche tous mes membres de mon corps pour aller encore plus vite. Je ne vais pas vers le sol directement, mais j'ai la même vitesse que si je le faisais. J'y arrive presque puis…

- Xyriel! Ici!

Ça vient complètement de l'opposé de ma direction. Mais que diable se passe-t-il donc?

Bang!

Néant total.

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MessagePosté le: 03/02/2008 03:29:39    Sujet du message: Xyriel, ou l'Ange parmis tant d'Autres Répondre en citant

Cela fait maintenant près de trois jours que ma mère m'a apprise la terrible nouvelle. Cela fait maintenant près de trois jours que je tente de me cacher de la réalité, de la vérité. Cette vérité qui fait si mal. Cette vérité qui se colle à nous et qui reste accrochée à nous telle un parasite qui nous suce le sang et la vie.

Ma mère aussi se cache de cette réalité. Elle ne me parle pratiquement plus. On pourrait autant dire qu'elle me fuit. Elle se dérobe à nous, à la vérité et à moi. Elle se dissimule derrière un mur de tristesse et d'abandon.

Pourtant, il faut bien que ça finisse, que cette très mauvaise plaisanterie cesse. J'ai l'impression de jouer à cache-cache avec un ami de quatre ans. Je peux parfaitement comprendre que cela lui fait de la peine, à moi aussi ça en fait, il ne faut pas oublier qu'il est, où plutôt qu'il était, mon père. Pourtant, il ne faut pas cesser de vivre car il est rendu de l'Autre Bord. Justement, elle est dans la cuisine. Je me précipite en arrière d'elle et tire sur un pan de sa longue robe noire qui contraste vivement avec sa peau incolore.


- Maman, que cela te plaise ou non, nous allons discuter. Inutile de te cacher.

Elle me sourit tendrement. Un pâle reflet de ma maman avant l'incident lui frôle le visage pour ensuite se dissiper à travers les vapeurs des chaudrons.

- Xyriel, tu as beau n'être qu'un bambin, petit chérubin, tu parles et tu agis comme si tu étais une adulte mûre et accomplie.

- Peut-être parce que je suis meilleure que les autres…

- Oh, non, tu n'es pas meilleure que les autres enfants. Tu es spéciale, c'est certain, mais surtout pas supérieure.

- Et pourquoi j'ai des ailes qui poussent, si ce n'est que je suis supérieure?

- Et pourquoi je ne suis pas supérieure aux autres, moi, qui ai déjà des ailes?

Là, elle marque un point, en plus de rabaisser le caquet de la jeune présomptueuse que je suis. Pourquoi ne domine-t-elle pas les autres, ceux qui n'ont pas d'ailes, ceux qui ne peuvent voler?

- Xyriel, petite chérie, viens avec moi.

Elle me montre de la main la table de la salle à manger, et de ce fait, les chaises qui sont placées autour de celle-ci. Je me dirige donc vers une des chaises, me donne un petit élan, et m'assied sur la chaise que j'ai choisie. Maman me suit de très près et s'assied à la chaise opposée à la mienne. Elle respire un grand coup pour ensuite soupirer bruyamment.

- Xyriel, écoute-moi. Nous avons des ailes, oui, c'est vrai, mais cela ne fait pas de nous des êtres supérieurs aux autres. Chaque créature qui vit ici, en ce bas monde, a le droit de vivre en étant égale aux autres. Les papillons, eux aussi, ont des ailes, et ne sont pas les glorieux qui dominent le monde. Chaque personne est différente, chaque personne a ses propres problèmes, ses doutes et ses peurs, mais chaque personne reste différente. Il ne faut pas juger les personnes par les apparences, mais par les gestes et leurs attitudes. L'attitude que tu adoptes envers les autres est la mauvaise, car les gens ne te respecteront plus après. Ils vont te détester et te vouloir du mal, et ça, tu ne le veux pas.

- Mais pourquoi me voudront-ils du mal? Les gens sont-ils jaloux à ce point?

- Tu ne viens donc pas de m'écouter? Tu n'es pas et tu ne seras jamais supérieure à quelconques personnes à cause de tes ailes. Les gens ne veulent rien savoir de tes ailes. Par contre, ton attitude, il va falloir que tu la surveille, parce que si elle continue comme cela, tu n'iras pas loin. Ton attitude te mènera à ta mort, et bien vite, si tu veux mon avis.

Comme discours, c'est très cru et direct. Ce l'est même un peu trop. Je n'arrive pas à contrôler les larmes qui commencent à descendre le long de mes joues livides. La terne tristesse commence peu à peu à jaillir de mes yeux, elle jaillit avec force et puissance, telle une rivière en furie qui sort de son lit et qui inonde brusquement les terres et les champs qui l'entoure. Elle envahit mon visage et découlent le long de mon cou. Elle rougit mes yeux et mes joues blêmes. Son goût salé et saumâtre me laisse une marque inaltérable, tant en bouche que dans l'âme. Elle me laisse une trace au fer rouge, elle me marque et me fait souffrir. La souffrance qu'elle me laisse se transforme peu à peu en colère et en irritation, la brûlure qu'elle me laisse me démange est atroce et insupportable. Je m'essuie les joues et le cou, mais cela ne change rien, les larmes continuent à couler et à humecter mes mâchoires. Les torrents continuent à couler et à marquer mes joues de sillons impétueux, ils continuent à brûler ma peau au fer rouge et à me faire souffrir de la sorte.

- Xyriel, je m'excuse, je n'aurais pas dû te parler sur ce ton…

- Suffit!

- Écoute-moi, ce n'est pas ma faute…

- J'ai dit SUFFIT!

Ce n'est pas ma voix qui est sorti de mon orifice buccal, elle n'est pas mienne. Cette voix, sortie d'outre-tombe, résonne dans la pièce encore et encore. Elle est forte et grave, rocailleuse et impérieuse.

- Il suffit! Suffit ces babillages, ces enfantillages de pacotilles. Je ne veux plus rien entendre, je ne veux plus t'écouter. Ce que tu dis est faux, et tu le sais. NOUS sommes la puissance, NOUS sommes Thessalie. Nous contrôlons les airs, et de ce fait, toute la Terre, car qui contrôle les cieux peut conquérir toutes les montagnes et tous les océans. Nous sommes tout-puissants, mère, et nous le resterons! Nous combattrons, ardemment et prestement, nous vaincrons, nous annihilerons les terrestres, nous les massacrerons. Nous allons vaincre!

Nous restons bouche bée, ma mère et moi. Je gardes mes yeux baissés, prête à recevoir une sévère réprimande. Je crois que mon petit discours enflammé l'a quelque peu surprise. Par ailleurs, je suis moi-même effarée. Je ne m'attendais pas du tout à cela, quand j'ai commencé à parler. Certes, je voulais qu'elle cesse de tourner autour du pot, mais le reste de mes paroles, je ne l'avais pas prévue, loin de là. Je n'ai pas même compris une bonne partie de mes propres dires!

Je relève mes yeux imperceptiblement, ne voulant pas m'attirer les regards et les foudres de ma mère, mais je constate rapidement qu'elle n'est pas fâchée. Elle me regarde avec mépris et étonnement à la fois, mais je décèle un sentiment auquel je n'avais jamais eu à faire face. La peur.

La peur, la même peur qui nous fait commettre des actes lâches et insidieux, celle qui nous fait reculer dans les moments d'effroyables paniques. Je peux lire dans son visage cette étrange appréhension, je peux la sentir. Je pourrais la toucher, l'effleurer sur ses joues blêmes, la frôler le temps d'une infime et sublime caresse. La peur peut se sentir lorsque la personne qui la ressent la fait sentir et réagir. Ma mère ne la cache pas, cette immonde peur, cette terrible crainte qui la guette. Elle me la montre. Elle ne semble pas fière d'elle, ni honteuse. Elle ne fait que me la montrer. En la voyant, je reçois cette peur de plein fouet dans, mon corps, dans mon cœur, dans mes veines. Elle parcourt ma chair avec fougue et emportement. Peu à peu, elle s'empare de moi, de mon fort intérieur, de ma grande forteresse de pénombre et de solitude. Une fois de plus, la terreur me gagne, comme quand j'ai fait l'atroce rencontre avec l'Aurochs, ce monstre poilu et sauvage. Elle prend d'assaut mon ultime défense, mon âme, mon subconscient, mon intériorité, ma seule et unique échappatoire du monde cruel et réel. Oh, douce mémoire, qu'ai-je donc fait? Oh, doux parfum de folie, qu'ai-je donc dit?

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MessagePosté le: 03/02/2008 03:34:25    Sujet du message: Xyriel, ou l'Ange parmis tant d'Autres Répondre en citant

- Xyriel…

Encore cette voix! Maudite soit-elle! Je ne la supporte plus, je ne veux plus avoir à l'entendre. Elle trouble mes rêves, elle s'insinue dans ma tête, elle ne fait qu'obscurcir mes songes. Elle dit et redit toujours la même chose, cette voix infatigable et insoutenable, elle ne fait que se répéter, encore et encore. Elle envahit mon monde et elle le détruit à coups répétitifs et tenaces.

- Xyriel… Il faut que tu reviennes…

Toujours les mêmes sottises et palabres. Il faut que tu reviennes, il faut que tu te réveilles… Et si je ne voulais pas me réveiller, si je ne voulais pas revenir? Ici, au moins, je me sens à la bonne place et au bon moment. Je peux faire ce que je veux, ici, je suis à l'abri des intempéries humaines et animales.

Je fais d'étranges rêves, je somnole, mes méditations forcées me mènent aux confins de Thessalie, là où personne n'oserait aller, et même plus loin encore. Je rêve de batailles entre de glorieux archanges et de féroces dragons, de galériens attaqués par d'étranges créatures terrifiantes venues des abysses océanes, de grandes guerres entre deux peuplades et où les illustres griffons et les cruelles liches se battent impitoyablement. Je me rends au-delà de la Grande Mer, je me rends sur les antiques Terres de Bahagon, cet être mythique, cette légende enfoui sous des montagnes de chroniques et d'annales thessalienne, ce fameux sorcier qui a su rester dans les mémoires de chacun, mais qui n'est plus réellement raconté par les troubadours et les poètes de nos temps.

Je vole dans les plus hauts cieux, parmi les gigantesques nuages qui survolent la Terre paisiblement, avec les aigles, les albatros, les pygargues et les grands Coatls, ces animaux fantasmagoriques, mi-oiseaux mi-serpents, ces rois des cieux. Il y a aussi les fabuleux Dragons qui m'accompagnent, ces rois des rois, qui, majestueusement, flottent dans l'air comme des poissons dans l'eau limpide, et qui surveillent les moindres faits et gestes des gens peuplant la Grande Terre. Eux aussi, ils gouvernent les cieux comme les rois gouvernent leurs fiefs, ils dominent les astres et parfois, défient la Lune et les météorites et, d'un regard perçant, les contrôlent indubitablement.


Mais, rapidement, mes rêves se transforment peu à peu, ils changent de formes, de contenu, les féeriques dragons se changent peu à peu en de viles créatures noires et assouvies par quelconque soif de pouvoir et de souffrance. Les glorieux empires sombrent dans la décadence, la noirceur et la déchéance. Les hommes sont massacrés par les morts, les fleurs sont flétries par le mal, les grandes forteresses d'Autrefois sont démolies par les ténébreux béliers du changement et du Temps.


- Xyriel, réveille-toi!


Les orques envahissent les plaines, dévalent les pentes, massacrent, violent et brutalisent les femmes, ils se régalent de la chair crue des enfants et des hommes, ils mettent à feu et à sang tous les villages qu'ils rencontrent, ils laissent que la désolation et la calamité derrière eux. Les survivants s'entre-tuent pour pouvoir survivre et prendre aux autres le peu qu'ils leurs restent.

Les glorieux Anges tentent désespérément de défendre leur Citées, mais les Démons et les chiens infernaux gagnent du terrain toutes les minutes. Les catapultes à feu détruisent les bâtiments et écrasent les gens qui ont le malheur de se trouver sur leurs trajectoires. Les Anges rebroussent au deuxième bastion, les capitaines de garde ne savent plus quoi faire, ils le savent, ils vont goûter au sang, et le leur, qui plus est.


- Il ne faut pas que cela arrive, il ne faut pas que cela arrive, il ne faut pas…

Les galériens se trouvent désemparés, ils ne savent plus que faire. Des tentacules gigantesques sortent des profondeurs de l'Océan, cassant rames, avirons et godilles sur leurs passages. Elles prennent les matelots au creux de leurs immondes ventouses, les annihilent, les écrasent, puis les rejettent dans les flots. Le capitaine braille des ordres, mais personne ne l'écoute, ou plutôt personne ne l'entend. Un bruit infernal règne, non pas avec parcimonie, autour du bateau. Les monstres font des sons incongrus et effroyables. Ils dominent totalement les pauvres galériens, et ils le savent.

- Xyriel, réveille-toi maintenant!

Une voix saugrenue me rappelle brusquement à la réalité. Dommage, j'aimais bien le début de mes rêves…
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MessagePosté le: 11/12/2018 23:57:19    Sujet du message: Xyriel, ou l'Ange parmis tant d'Autres

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